Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Recommander

Recherche

Images Aléatoires

  • g0001.jpg
  • 2008-09-19-Claque-023.JPG
  • g0066.jpg
  • _DSC6950.JPG
  • 100_1203.JPG
  • 100_1153.JPG

Les textes

Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 11:09

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre,
il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous
. »


Charles Baudelaire
(

Le Spleen de Paris, poème « Enivrez-vous »)
Par Troupe Arc en Ciel - Publié dans : Les textes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 11:04

Si vous la rencontrez, bizarrement parée,
Se faufilant, au coin d’une rue égarée,
Et la tête et l’oeil bas comme un pigeon blessé,
Traînant dans les ruisseaux un talon déchaussé,

Messieurs, ne crachez pas de jurons ni d’ordure
Au visage fardé de cette pauvre impure
Que déesse Famine a par un soir d’hiver,
Contrainte à relever ses jupons en plein air.

Cette bohème-là, c’est mon tout, ma richesse,
Ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse,
Celle qui m’a bercé sur son giron vainqueur,
Et qui dans ses deux mains a réchauffé mon coeur. »


Charles Baudelaire
(Je n’ai pas pour maîtresse une lionne illustre [1], poésies de jeunesse)

 

Par Troupe Arc en Ciel - Publié dans : Les textes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 26 novembre 2008 3 26 /11 /Nov /2008 22:32
Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé
la face de la France, de l'Europe peut-être.
Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire.
Dieu sait pourtant que le Président se démène :
il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant
créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est
le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.
L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère
est un carriériste avantageux.
Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce
qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent,
l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort.
Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse.
Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on
mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est
impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise.
On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit
au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue !
Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme
médiocre échappé ".

Victor HUGO, dans " Napoléon, le petit "
Réédité chez Actes Sud

Par Troupe Arc en Ciel - Publié dans : Les textes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 17:01
Allô, allô, James, quelles nouvelles
Absente depuis quinze jours,
Au bout du fil je vous appelle
Que trouverai-je à mon retour ?
Tout va très bien, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Un incident, une bêtise,
La mort de votre jument grise
Mais à part ça, Madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, allô, Martin, quelles nouvelles
Ma jument grise, morte aujourd'hui ?
Expliquez moi, cocher fidèle,
Comment cela s'est-il produit ?

Cela n'est rien, madame la Marquise
Cela n'est rien, tout va très,
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Elle a périt dans l'incendie
Qui détruisit vos écuries
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, allô, Pascal, quelles nouvelles
Mes écuries ont donc brûlé ?
Expliquez moi, mon chef modèle
Comment cela s'est-il passé
Cela n'est rien, madame la Marquise,
Cela n'est rien, tout va très bien !
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Si l'écurie brûla madame,
C'est qu'le château était en flamme,
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, allô, Lucas, quelles nouvelles
Notre château est donc détruit ?
Expliquez moi car je chancelle !
Comment cela s'est-il produit ?
Eh! bien voilà, madame la Marquise
Apprenant qu'il était ruiné
A peine fut-il rev'nu de sa surprise
Qu' Monsieur l'Marquis s'est suicidé
Et c'est en ramassant la pelle
Qu'il renversa toutes les chandelles
Mettant le feu à tout l'château
Qui s'consuma de bas en haut
Le vent souflant sur l'incendie,
Le propageant sur l'écurie
Et c'est ainsi qu'en un moment
On vit périr votre jument
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien,  tout va très bien !

Par Troupe Arc en Ciel - Publié dans : Les textes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 11 novembre 2007 7 11 /11 /Nov /2007 11:14

On ne Badine pas avec l'Amour

 Alfred de Musset

ACTE 2 - SCENE V

Une fontaine dans un bois.

Entre
PERDICAN, lisant un billet.

“ Trouvez-vous à midi à la petite fontaine. ” Que veut dire cela ? tant de froideur, un refus si positif, si cruel, un orgueil si insensible, et un rendez-vous par-dessus tout ? Si c'est pour me parler d'affaires, pourquoi choisir un pareil endroit ? Est-ce une coquetterie ?
Ce matin, en me promenant avec Rosette, j'ai entendu remuer dans les broussailles, et il m'a semblé que c'était un pas de biche. Y a-t-il ici quelque intrigue ?
Entre Camille.

CAMILLE
Bonjour, cousin ; j'ai cru m'apercevoir, à tort ou à raison, que vous me quittiez tristement ce matin. Vous m'avez pris la main malgré moi, je viens vous demander de me donner la vôtre. Je vous ai refusé un baiser, le voilà. (Elle l'embrasse. ) Maintenant, vous m'avez dit que vous seriez bien aise de causer de bonne amitié. Asseyez-vous là, et causons.
Elle s'assoit.

PERDICAN
Avais-je fait un rêve, ou en fais-je un autre en ce moment ?

CAMILLE
Vous avez trouvé singulier de recevoir un billet de moi, n'est-ce pas ? Je suis d'humeur changeante ; mais vous m'avez dit ce matin un mot très juste : “ Puisque nous nous quittons, quittons-nous bons amis. ” Vous ne savez pas la raison pour laquelle je pars, et je viens vous la dire : je vais prendre le voile.

PERDICAN
Est-ce possible ? Est-ce toi, Camille, que je vois dans cette fontaine, assise sur les marguerites, comme aux jours d'autrefois ?

CAMILLE
Oui, Perdican, c'est moi. Je viens revivre un quart d'heure de la vie passée. Je vous ai paru brusque et hautaine ; cela est tout simple, j'ai renoncé au monde. Cependant, avant de le quitter, je serais bien aise d'avoir votre avis. Trouvez-vous que j'aie raison de me faire religieuse ?

PERDICAN
Ne m'interrogez pas là-dessus, car je ne me ferai jamais moine.

CAMILLE
Depuis près de dix ans que nous avons vécu éloignés l'un de l'autre, vous avez commencé l'expérience de la vie. Je sais quel homme vous êtes, et vous devez avoir beaucoup appris en peu de temps avec un coeur et un esprit comme les vôtres. Dites-moi, avez-vous eu des maîtresses ?
PERDICAN
Pourquoi cela ?

CAMILLE
Répondez-moi, je vous en prie, sans modestie et sans fatuité.

PERDICAN
J'en ai eu.

CAMILLE
Les avez-vous aimées ?

PERDICAN
De tout mon coeur.

CAMILLE
Où sont-elles maintenant ? Le savez-vous ?

PERDICAN
Voilà, en vérité, des questions singulières. Que voulez-vous que je vous dise ? Je ne suis ni leur mari ni leur frère ; elles sont allées où bon leur a semblé.

CAMILLE
Il doit nécessairement y en avoir une que vous ayez préférée aux autres. Combien de temps avez-vous aimé celle que vous avez aimée le mieux ?
PERDICAN
Tu es une drôle de fille ! Veux-tu te faire mon confesseur ?

CAMILLE
C'est une grâce que je vous demande, de me répondre sincèrement. Vous n'êtes point un libertin, et je crois que votre coeur a de la probité. Vous avez dû inspirer l'amour, car vous le méritez, et vous ne vous seriez pas livré à un caprice. Répondez-moi, je vous en prie.

PERDICAN
Ma foi, je ne m'en souviens pas.

CAMILLE
Connaissez-vous un homme qui n'ait aimé qu'une femme ?

PERDICAN
Il y en a certainement.

CAMILLE
Est-ce un de vos amis ? Dites-moi son nom.

PERDICAN
Je n'ai pas de nom à vous dire ; mais je crois qu'il y a des hommes capables de n'aimer qu'une fois.

CAMILLE
Combien de fois un honnête homme peut-il aimer ?
PERDICAN
Veux-tu me faire réciter une litanie, ou récites-tu toi-même un catéchisme ?

CAMILLE
Je voudrais m'instruire, et savoir si j'ai tort ou raison de me faire religieuse. Si je vous épousais, ne devriez-vous pas répondre avec franchise à toutes mes questions, et me montrer votre coeur à nu ? Je vous estime beaucoup, et je vous crois, par votre éducation et par votre nature, supérieur à beaucoup d'autres hommes. Je suis fâchée que vous ne vous souveniez plus de ce que je vous demande ; peut-être en vous connaissant mieux je m'enhardirais.

PERDICAN
Où veux-tu en venir ? parle ; je répondrai.

CAMILLE
Répondez donc à ma première question. Ai-je raison de rester au couvent ?

PERDICAN
Non.

CAMILLE
Je ferais donc mieux de vous épouser ?

PERDICAN
Oui.
CAMILLE
Si le curé de votre paroisse souillait sur un verre d'eau, et vous disait que c'est un verre de vin, le boiriez-vous comme tel ?

PERDICAN
Non.

CAMILLE
Si le curé de votre paroisse souillait sur vous, et me disait que vous m'aimerez toute votre vie, aurais-je raison de le croire ?

PERDICAN
Oui et non.

CAMILLE
Que me conseilleriez-vous de faire le jour où je verrais que vous ne m'aimez plus ?

PERDICAN
De prendre un amant.

CAMILLE
Que ferai-je ensuite le jour où mon amant ne m'aimera plus ?

PERDICAN
Tu en prendras un autre.
CAMILLE
Combien de temps cela durera-t-il ?

PERDICAN
Jusqu'à ce que tes cheveux soient gris, et alors les miens seront blancs.

CAMILLE
Savez-vous ce que c'est que les cloîtres, Perdican ? Vous êtes-vous jamais assis un jour entier sur le banc d'un monastère de femmes ?

PERDICAN
Oui ; je m'y suis assis.

CAMILLE
J'ai pour amie une soeur qui n'a que trente ans, et qui a eu cinq cent mille livres de revenu à l'âge de quinze ans. C'est la plus belle et la plus noble créature qui ait marché sur terre. Elle était pairesse du parlement, et avait pour mari un des hommes les plus distingués de France. Aucune des nobles facultés humaines n'était restée sans culture en elle ; et, comme un arbrisseau d'une sève choisie, tous ses bourgeons avaient donné des ramures. Jamais l'amour et le bonheur ne poseront leur couronne fleurie sur un front plus beau ; son mari l'a trompée ; elle a aimé un autre homme et elle se meurt de désespoir.
PERDICAN
Cela est possible.

CAMILLE
Nous habitons la même cellule, et j'ai passé des nuits entières à parler de ses malheurs ; ils sont presque devenus les miens ; cela est singulier, n'est-ce pas ? Je ne sais trop comment cela se fait. Quand elle me parlait de son mariage, quand elle me peignait d'abord l'ivresse des premiers jours, puis la tranquillité des autres, et comme enfin tout s'était envolé ; comme elle était assise le soir au coin du feu, et lui auprès de la fenêtre, sans se dire un seul mot ; comme leur amour avait langui, et comme tous les efforts pour se rapprocher n'aboutissaient qu'à des querelles ; comme une figure étrangère est venue peu à peu se placer entre eux et se glisser dans leurs souffrances, c'était moi que je voyais agir tandis qu'elle parlait.
Quand elle disait : “ Là, j'ai été heureuse ”, mon coeur bondissait ; et quand elle ajoutait : “ Là, j'ai pleuré ”, mes larmes coulaient. Mais figurez-vous quelque chose de plus singulier encore ; j'avais fini par me créer une vie imaginaire ; cela a duré quatre ans ; il est inutile de vous dire par combien de réflexions, de retours sur moi-même, tout cela est venu. Ce que je voulais vous raconter comme une curiosité, c'est que tous les récits de Louise, toutes les fictions de mes rêves portaient votre ressemblance.

PERDICAN
Ma ressemblance, à moi ?
CAMILLE
Oui, et cela est naturel : vous étiez le seul homme que j'eusse connu. En vérité, je vous ai aimé, Perdican.

PERDICAN
Quel âge as-tu, Camille ?

CAMILLE
Dix-huit ans.

PERDICAN
Continue, continue ; j'écoute.

CAMILLE
Il y a deux cents femmes dans notre couvent ; un petit nombre de ces femmes ne connaîtra jamais la vie, et tout le reste attend la mort. Plus d'une parmi elles sont sorties du monastère comme j'en sors aujourd'hui, vierges et pleines d'espérances. Elles sont revenues peu de temps après, vieilles et désolées. Tous les jours il en meurt dans nos dortoirs, et tous les jours il en vient de nouvelles prendre la place des mortes sur les matelas de crin. Les étrangers qui nous visitent admirent le calme et l'ordre de la maison ; ils regardent attentivement la blancheur de nos voiles ; mais ils se demandent pourquoi nous les rabaissons sur nos yeux. Que pensez-vous de ces femmes, Perdican ? Ont-elles tort, ou ont-elles raison ?
PERDICAN
Je n'en sais rien.

CAMILLE
Il s'en est trouvé quelques-unes qui me conseillent de rester vierge. Je suis bien aise de vous consulter. Croyez-vous que ces femmes-là auraient mieux fait de prendre un amant et de me conseiller d'en faire autant ?

PERDICAN
Je n'en sais rien.

CAMILLE
Vous aviez promis de me répondre.

PERDICAN
J'en suis dispensé tout naturellement ; je ne crois pas que ce soit toi qui parles.

CAMILLE
Cela se peut, il doit y avoir dans toutes mes idées des choses très ridicules. Il se peut bien qu'on m'ait fait la leçon, et que je ne sois qu'un perroquet mal appris. Il y a dans la galerie un petit tableau qui représente un moine courbé sur un missel ; à travers les barreaux obscurs de sa cellule glisse un faible rayon de soleil, et on aperçoit une locanda italienne, devant laquelle danse un chevrier. Lequel de ces deux hommes estimez-vous davantage ?
PERDICAN
Ni l'un ni l'autre et tous les deux. Ce sont deux hommes de chair et d'os ; il y en a un qui lit et un autre qui danse ; je n'y vois pas autre chose. Tu as raison de te faire religieuse.

CAMILLE
Vous me disiez non tout à l'heure.

PERDICAN
Ai-je dit non ? Cela est possible.

CAMILLE
Ainsi vous me le conseillez ?

PERDICAN
Ainsi tu ne crois à rien ?

CAMILLE
Lève la tète, Perdican ! quel est l'homme qui ne croit à rien ?

PERDICAN,
Se levant. En voilà un ; je ne crois pas à la vie immortelle . Ma soeur chérie, les religieuses t'ont donné leur expérience ; mais, crois-moi, ce n'est pas la tienne ; tu ne mourras pas sans aimer.

CAMILLE
Je veux aimer, mais je ne veux pas souffrir ; je veux aimer d'un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas. Voilà mon amant.
Elle montre son crucifix.

PERDICAN
Cet amant-là n'exclut pas les autres.

CAMILLE
Pour moi, du moins, il les exclura. Ne souriez pas, Perdican ! Il y a dix ans que je ne vous ai vu, et je pars demain. Dans dix autres années, si nous nous revoyons, nous en reparlerons. J'ai voulu ne pas rester dans votre souvenir comme une froide statue ; car l'insensibilité mène au point où j'en suis. Écoutez-moi ; retournez à la vie, et tant que vous serez heureux, tant que vous aimerez comme on peut aimer sur la terre, oubliez votre soeur Camille ; mais s'il vous arrive jamais d'être oublié ou d'oublier vous-même, si l'ange de l'espérance vous abandonne, lorsque vous serez seul avec le vide dans le coeur, pensez à moi qui prierai pour vous.

PERDICAN
Tu es une orgueilleuse ; prends garde à toi.

CAMILLE
Pourquoi ?

PERDICAN
Tu as dix-huit ans, et tu ne crois pas à l'amour ?
CAMILLE
Y croyez-vous, vous qui parlez ? Vous voilà courbé près de moi avec des genoux qui se sont usés sur les tapis de vos maîtresses, et vous n'en savez plus le nom. Vous avez pleuré des larmes de joie et des larmes de désespoir ; mais vous saviez que l'eau des sources est plus constante que vos larmes, et qu'elle serait toujours là pour laver vos paupières gonflées. Vous faites votre métier de jeune homme, et vous souriez quand on vous parle de femmes désolées ; vous ne croyez pas qu'on puisse mourir d'amour, vous qui vivez et qui avez aimé. Qu'est-ce donc que le monde ? Il me semble que vous devez cordialement mépriser les femmes qui vous prennent tel que vous êtes, et qui chassent leur dernier amant pour vous attirer dans leurs bras avec les baisers d'une autre sur les lèvres. Je vous demandais tout à l'heure si vous aviez aimé ; vous m'avez répondu comme un voyageur à qui l'on demanderait s'il a été en Italie ou en Allemagne, et qui dirait : Oui, j'y ai été ; puis qui penserait à aller en Suisse, ou dans le premier pays venu. Est-ce donc une monnaie que votre amour, pour qu'il puisse passer ainsi de mains en mains jusqu'à la mort ? Non, ce n'est pas même une monnaie ; car la plus mince pièce d'or vaut mieux que vous, et dans quelques mains qu'elle passe elle garde son effigie.

PERDICAN
Que tu es belle, Camille, lorsque tes yeux s'animent !
CAMILLE
Oui, je suis belle, je le sais. Les complimenteurs ne m'apprendront rien ; la froide nonne qui coupera mes cheveux pâlira peut-être de sa mutilation ; mais ils ne se changeront pas en bagues et en chaînes pour courir les boudoirs ; il n'en manquera pas un seul sur ma tête lorsque le fer y passera ; je ne veux qu'un coup de ciseau, et quand le prêtre qui me bénira me mettra au doigt l'anneau d'or de mon époux céleste, la mèche de cheveux que je lui donnerai pourra lui servir de manteau.

PERDICAN
Tu es en colère, en vérité.

CAMILLE
J'ai eu tort de parler ; j'ai ma vie entière sur les lèvres. ô Perdican ! ne raillez pas ; tout cela est triste à mourir.

PERDICAN
Pauvre enfant, je te laisse dire, et j'ai bien envie de te répondre un mot. Tu me parles d'une religieuse qui me paraît avoir eu sur toi une influence funeste ; tu dis qu'elle a été trompée, qu'elle a trompé elle-même, et qu'elle est désespérée. Es-tu sûre que si son mari ou son amant revenait lui tendre la main à travers la grille du parloir, elle ne lui tendrait pas la sienne ?

CAMILLE
Qu'est-ce que vous dites ? J'ai mal entendu.
PERDICAN
Es-tu sûre que si son mari ou son amant revenait lui dire de souffrir encore, elle répondrait non ?

CAMILLE
Je le crois.

PERDICAN
Il y a deux cents femmes dans ton monastère, et la plupart ont au fond du coeur des blessures profondes ; elles te les ont fait toucher ; et elles ont coloré ta pensée virginale des gouttes de leur sang. Elles ont vécu, n'est-ce pas ? et elles t'ont montré avec horreur la route de leur vie ; tu t'es signée devant leurs cicatrices, comme devant les plaies de Jésus ; elles t'ont fait une place dans leurs processions lugubres, et tu te serres contre ces corps décharnés avec une crainte religieuse, lorsque tu vois passer un homme. Es-tu sûre que si l'homme qui passe était celui qui les a trompées, celui pour qui elles pleurent et elles souffrent, celui qu'elles maudissent en priant Dieu, es-tu sûre qu'en le voyant elles ne briseraient pas leurs chaînes pour courir à leurs malheurs passés, et pour presser leurs poitrines sanglantes sur le poignard qui les a meurtries ? ô mon enfant ! sais-tu les rêves de ces femmes qui te disent de ne pas rêver ? Sais-tu quel nom elles murmurent quand les sanglots qui sortent de leurs lèvres font trembler l'hostie qu'on leur présente ? Elles qui s'assoient près de toi avec leurs têtes branlantes pour verser dans ton oreille leur vieillesse flétrie, elles qui sonnent dans les ruines de ta jeunesse le tocsin de leur désespoir, et qui font sentir à ton sang vermeil la fraîcheur de leurs tombes, sais-tu qui elles sont ?

CAMILLE
Vous me faites peur ; la colère vous prend aussi.

PERDICAN
Sais-tu ce que c'est que des nonnes, malheureuse fille ? Elles qui te représentent l'amour des hommes comme un mensonge, savent-elles qu'il y a pis encore, le mensonge de l'amour divin ? Savent-elles que c'est un crime qu'elles font, de venir chuchoter à une vierge des paroles de femme ? Ah ! comme elles t'ont fait la leçon ! Comme j'avais prévu tout cela quand tu t'ès arrêtée devant le portrait de notre vieille tante ! Tu voulais partir sans me serrer la main ; tu ne voulais revoir ni ce bois, ni cette pauvre petite fontaine qui nous regarde tout en larmes ; tu reniais les jours de ton enfance ; et le masque de plâtre que les nonnes t'ont plaqué sur les joues me refusait un baiser de frère ; mais ton coeur a battu ; il a oublié sa leçon, lui qui ne sait pas lire, et tu es revenue t'asseoir sur l'herbe où nous voilà. Eh bien ! Camille, ces femmes ont bien parlé ; elles t'ont mise dans le vrai chemin ; il pourra m'en coûter le bonheur de ma vie ; mais dis-leur cela de ma part : le ciel n'est pas pour elles.

CAMILLE
Ni pour moi, n'est-ce pas ?
PERDICAN
Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. ”
Il sort.
Par Troupe Arc en Ciel - Publié dans : Les textes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /Fév /2007 21:13

Si tu as le regard lucide
D'un batard ou d'un apatride
Si tu trouve la vie fétide
Aigre, amer, mortelle, livide
Si tu as le cœur intrépide
Et les idées un peu morbides

La solution la plus rapide
Chantons le tango du suicide

Je vous laisse le choix des armes
Le révolver, la carabine
Si vous n'aimez pas le vacarme
Le cyanure ou la strychnine

Surtout ne soyez pas timide
Si vous rêvez de disparaître
Avant de plonger dans le vide
Songez à ouvrir la fenêtre

Des veines coupées aux ciseaux
Sous le train de sept heure moins l'quart
En pâture aux lions du zoo
Ou bien pendu dans le placard

Et que cette chanson vous pousse
A trouver les moyens du bords
Car si la mort sourit à tous
Il faut bien sourire à la mort

La solution la plus rapide
Chantons le tango du suicide

Ne jamais écrire en sortant
Une épitaphe rancunière
Cracher sur le monde en partant
Ne sont pas de belles manières

Griffonnez quelques mots marrants
Epinglés à votre revers
Qui amuseront vos parents
Quand ils vous trouveront par terre

Il faut s'excuser poliment
D'un air tout emprunt de défit
D'avoir laissé négligemment
Sa cervelle sur le tapis

Enfin pour les esprits pratiques
Notez sur une feuille vierge
En belles lettres d'italiques
« J'ai laissé la clé au concierge »

La solution la plus rapide
Chantons le tango du suicide

Se tuer après 40 ans
Est au savoir-vivre un affront
C'est bien plus joli au printemps
Un trou de balle sur le front.

Les suicidés retardataires
Qui ont fait bien trop de chichi
Privent du plaisir délétère
De s'exclamer: « Oh! Quel gâchis! »

Bien trop souvent le philosophe
Suis Empédocle avec effort
Et vainement en catastrophe
Se tue deux jours avant sa mort.

Dans les salons de la marquise
Votre mort paraît obsolète
Elle s'écrie la voie surprise:
« (ah bon il est mort ? mais...)
« J'le croyais mort depuis perpette »

La solution la plus rapide
Chantons le tango du suicide

Le nec plus ultra suicidaire
C'est de se tuer sans raison
Parce qu'on n'avait rien d'autre à faire
Et parce que c'était la saison

Ou bien pour agacer maman
Le jour de son anniversaire
D'un coup de fusil méchamment
Retapisser le salon vert.

On ne se suicide jamais
A cause de soucis d'argent
La gloire de se supprimer
N'est pas pour les petites gens

Il ne faut pas être froussard
Il faut être très valeureux
Car le plus haut sommet de l'art
C'est de mourir très heureux.

La solution la plus rapide
Chantons le tango du suicide.

Par Troupe Arc en Ciel - Publié dans : Les textes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 24 novembre 2006 5 24 /11 /Nov /2006 16:32

Ce soir Cyrano acte V  SC IV      Bon courage....

 

Par Troupe Arc en Ciel - Publié dans : Les textes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 7 avril 2006 5 07 /04 /Avr /2006 00:53

Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards,  hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; 

 

Toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ;

Le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ;

Mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. 

 

On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ;

Mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : 

 

J’ai souffert souvent, je me suis trompé  quelquefois, mais j’ai aimé. 

 

C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.

On ne badine pas  avec l'amour

 

Musset

Par Troupe Arc en Ciel - Publié dans : Les textes
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Vendredi 7 avril 2006 5 07 /04 /Avr /2006 00:38

  

 

 

 

Et que faudrait-il faire ?

Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,

Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc

Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,

Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?

Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,

Des vers aux financiers ? se changer en bouffon

Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,

Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?

Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ?

Avoir un ventre usé par la marche ? une peau

Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ?

Exécuter des tours de souplesse dorsale ?…

Non, merci. D’une main flatter la chèvre au cou

Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,

Et, donneur de séné par désir de rhubarbe,

Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?

Non, merci ! Se pousser de giron en giron,

Devenir un petit grand homme dans un rond,

Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,

Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?

Non merci ! Chez le bon éditeur de Sercy

Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !

S’aller faire nommer pape par les conciles

Que dans des cabarets tiennent des imbéciles ?

Non, merci ! Travailler à se construire un nom

Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,

Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ?

Etre terrorisé par de vagues gazettes,

Et se dire sans cesse : « Oh, pourvu que je sois

Dans les petits papiers du Mercure François ? »…

Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,

Aimer mieux faire une visite qu’un poème,

Rédiger des placets, se faire présenter ?

Non, merci ! non merci ! non merci ! Mais …chanter,

Rêver, rire, passer, être seul, être libre,

Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,

Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,

Pour un oui, pour un non, se battre, ou — faire un vers !

Travailler sans souci de gloire ou de fortune,

A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !

N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,

Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,

Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,

Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !

Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,

Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,

Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,

Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,

Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,

Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! 

 

 

Cyrano de Bergerac

Acte II scène VIII

Edmond ROSTAND

 

 

 

 

Par Troupe Arc en Ciel - Publié dans : Les textes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés